Maurice Bansay (Apsys) : “le couvre-feu, c’est un manque à gagner qui peut aller jusqu’à 15 %”
Steel (Saint-Etienne) Photo ©Pierre Grasset
Temps de lecture estimée : 3 minutes

Alors que les centres commerciaux de plus de 20 000 m2 ont été contraints de fermer leurs portes, Maurice Bansay, président du groupe Apsys, nous livre son sentiment sur la situation actuelle. Le propriétaire du centre Beaugrenelle (Paris 15), dont la foncière est également présente en Europe centrale, revient aussi sur les aides gouvernementales.

Pouvez-vous nous parler de la situation actuelle de vos différents centres ?

Trois de nos centres, Beaugrenelle, Vill’Up (Paris) et Muse (Metz) sont aujourd’hui fermés. En revanche, tous nos centres urbains à ciel ouvert et nos retail parks demeurent ouverts. Plus globalement, et même si c’est encore trop tôt pour le dire, au regard de la dernière fermeture, les retail parks ont enregistré, sur l’année écoulée, une hausse de leur fréquentation de plus de 20 %. Il y a eu un transfert de clientèles des centres commerciaux vers les retails parks, car ceux-ci, vastes et à ciel ouvert, sont perçus comme sécurisants, ils sont accessibles en véhicule individuel, ils proposent le niveau de gamme et la typologie d’offre que recherchent les consommateurs en ce moment. Ce que je peux vous dire également, c’est que le couvre-feu généralisé sur l’ensemble du territoire représente chez nous un manque à gagner compris entre 10 et 15 %. Les consommateurs ont des contraintes professionnelles qui ne leur permettent pas de prendre du temps pour eux et se rendre en centre commercial avant la fermeture de 18h.

Quelle a été votre politique vis-à-vis de vos locataires ?

Face à la crise et ses conséquences majeures sur le secteur du commerce, nous avons construit un dispositif de soutien à nos preneurs autour de 3 principes : responsabilité, solidarité et pérennité. Durant le premier confinement et pour la quasi-totalité de nos enseignes, un mois a été pris à notre charge, l’autre mois de confinement à la charge du locataire. Les TPE ont même bénéficié d’une franchise de loyers jusqu’à 3 mois. Ces dispositifs de soutien ont été validés par 95 % de nos locataires. Pour l’accompagnement du 2ème confinement, nous avons fait bénéficier les locataires éligibles de l’accord conclu, sous l’égide du ministère de l’Economie et des Finances, entre les principales fédérations de bailleurs et de commerçants, à savoir la franchise totale de loyer pour les entreprises qui emploient moins de 250 salariés et une franchise à hauteur de 66 % pour les entreprises qui emploient moins de 5 000 salariés. Quant à la fermeture actuelle des centres de plus de 20 000 m², nous attendons les propositions de Bercy, afin de nous inscrire dans un dispositif global, équilibré et constructif.

A LIRE AUSSI : Centre commercial, quel modèle pour demain ?

Comment avez-vous ressenti cette toute dernière mesure de fermeture ?

Au regard des protocoles sanitaires extrêmement stricts que nous avons mis en place (respect des gestes barrières et des jauges…), j’ai trouvé cela personnellement assez injuste et stigmatisant. Nous avons distribué gratuitement des masques, établi une signalétique visible et proposé à l’entrée du gel hydro-alcoolique. Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu ou lu d’informations concernant l’apparition d’un cluster dans un centre commercial. Je trouve donc cela doublement injuste à la fois pour nous donc et pour nos locataires. En revanche, je pense que le gouvernement a affiché et continue d’afficher une vraie volonté politique de ne laisser personne sur le bas-côté. Nous, qui sommes implantés en Europe centrale, et notamment en Pologne, je peux vous dire que la donne y est totalement différente. Dans ce pays, les foncières, généralement détenues par des capitaux étrangers, ont eu l’obligation de maintenir la gratuité des loyers tout au long des périodes de fermeture. Avec comme seule contrepartie, une extension du bail…

Les retail parks à ciel ouvert sont-ils l’avenir au regard de la pandémie actuelle ?

Non, pas du tout. C’est un concours de circonstances. Si les centres commerciaux sont pénalisés en ce moment, ce n’est que temporaire. Les deux modèles se justifient. Ce sont deux destinations commerçantes bien différentes. Le retail park, en périphérie urbaine, peut accueillir des magasins bien plus grands que ceux disponibles en centres-villes et accueillent notamment de ce fait les activités qui requièrent des surfaces importantes comme l’équipement de la maison, les grands concepts de loisirs indoor… Les centres commerciaux ont, quant à eux, d’après nous, toute leur place en milieu urbain et en centre-ville et proposent une offre différente en termes de choix d’enseignes, niveaux de gammes… C’est une complémentarité nécessaire.

A LIRE AUSSI : Geoffroy Roux de Bézieux : “Il faut un plan de compétitivité pour le commerce ”

Laisser un commentaire

Fermer le menu