Le recrutement, la priorité des enseignes en 2022
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S’il n’a jamais été simple de recruter des collaborateurs pour les enseignes, la crise a accentué les difficultés. Les salariés sont de plus en plus en quête de sens dans leur vie professionnelle et souhaitent un management davantage bienveillant. Mais comment parvenir à résoudre cette équation ? Éléments de réponse.

Les derniers mois, toutes les enseignes nous ont remonté qu’il devenait de plus en plus compliqué de trouver des collaborateurs pour étoffer leurs équipes. Si le fait n’est pas nouveau, la crise a clairement accentué ces difficultés de recrutement. De nombreux salariés ayant profité des confinements successifs pour réfléchir à une nouvelle voie professionnelle. Parallèlement, l’avènement du télétravail, la quête de sens et d’un management bienveillant ne facilitent pas la tâche des réseaux et de leurs partenaires franchisés sur le terrain. “22 000 postes sont à pourvoir dans le secteur de la restauration aujourd’hui. Au sein de notre enseigne, nous avons une centaine de postes pour lesquels nous recherchons des collaborateurs, affirme Jean-François Feuillette, fondateur de l’enseigne de boulangeries Feuillette. Aussi, nous avons en ce début d’année, 5 % d’absentéisme, lié au Covid-19 et aux cas contacts. On a donc besoin de bras en plus. Mais on a l’impression que le secteur attire de moins en moins.”

Rendre le commerce attractif

Ce constat, tous les interlocuteurs que nous interrogeons ces dernières semaines, le dressent également. Mi-février, la fédération Procos et L’Alliance du Commerce ont dévoilé 22 propositions pour transformer le secteur du commerce, à l’aube du prochain quinquennat. Parmi elles, la question de l’attractivité du secteur apparaît comme déterminante :

“La survie du commerce passe par cette attractivité. Il faut donc faire en sorte que les salariés soient fiers de travailler pour ce secteur qui est clé dans notre économie, assène Emmanuel Le Roch, directeur général de Procos.

Avant de poursuivre : “Alors que le rapport au travail a totalement changé, l’enjeu sera de donner envie aux collaborateurs de venir travailler dans le commerce.” De son côté, Yohan Petiot, directeur général de L’Alliance du Commerce rappelle à quel point le secteur du commerce est essentiel pour notre société et notre économie. “Il ne faut pas oublier que le commerce c’est 3,2 millions de salariés, soit le premier employeur devant le secteur industriel, rappelle Yohan Petiot. C’est aussi un secteur qui joue le jeu de l’alternance, avec plus de 100 000 alternants en 2021. N’oublions pas que près d’un jeune sur 4 commence sa carrière professionnelle dans le commerce.” Et Emmanuel Le Roch, directeur général de Procos admet, toutefois, que les acteurs du secteur et donc les enseignes ont clairement leur rôle à jouer pour attirer de nouveaux talents. “Cela nécessitera que les entreprises soient plus à l’écoute de chaque individu. Il ne faudra pas s’interdire de réfléchir à tous les sujets. Mais il y a aussi des actions qui peuvent être maintenues par le gouvernement : comme la Prime Macron, les aides à l’embauche des apprentis ainsi que la mise en place d’exonérations de charges”, insiste Emmanuel Le Roch.

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La bienveillance en étendard

Les 22 propositions portées par Procos et L’Alliance du Commerce ont été présentées aux différentes équipes des candidats à la présidentielles et pourraient, à long terme, peut-être permettre d’endiguer la fuite des salariés vers d’autres secteurs. Car en 2020, ce sont 32 200 salariés du commerce non-alimentaire qui ont choisi une autre voie professionnelle. Et ce n’est pas le seul secteur à la peine. Selon les chiffres de la Dares, l’hôtellerie-restauration aurait quant à elle perdu 237 000 employés entre février 2020 et février 2021, alors que le secteur avait capté 50 000 nouveaux collaborateurs sur les deux années précédentes.

“Le recrutement est un sujet prégnant, c’est une certitude. C’est plus compliqué que cela ne l’a été auparavant, concède Romain Toulemonde.

Et le directeur général de l’enseigne Salad & Co d’ajouter : “Mais nous avons la chance de pouvoir ouvrir le métier à des profils qui ne sont pas cuisiniers de formation. Donc notre panel de profils est plutôt large. Mais le recrutement est une vraie priorité chez nous. Et nous avons à cœur de mettre en place une politique de management bienveillante, tournée vers la polyvalence et l’écoute. Cela impacte forcément notre choix de franchisés.” Même discours du côté de Brioche Dorée et Le Fournil de Pierre. Les deux enseignes du groupe Le Duff, dirigées par Régis Halbert. Le directeur du développement et du recrutement franchise assure : “Nous avons des collaborateurs qui sont extrêmement attachés à nos marques. Nous avons du turn-over, c’est certain, mais qui est certainement moins important qu’ailleurs. Nous avons des salariés qui sont là depuis 20 ans et qui ont un vrai attachement au groupe. On met aussi tous les moyens nécessaires pour intégrer et faire évoluer chaque salarié. On sait que sans les salariés, nos enseignes ne peuvent pas fonctionner.”

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Rendre les marques attractives

D’où la nécessité de prendre le temps, pour le groupe Le Duff, de bien choisir ses futurs partenaires franchisés. Ainsi, Régis Halbert ne se risque pas à dévoiler des objectifs chiffrés d’ouverture concernant les enseignes Le Fournil de Pierre et Brioche Dorée. “C’est très important de prendre le temps de sélectionner les candidats afin de veiller à la qualité du projet. Nous n’avons aucun intérêt à ouvrir un point de vente supplémentaire si l’emplacement ou le profil n’est pas idéal”, assure-t-il. Et l’aspect managérial n’est pas à négliger pour le directeur du développement et du recrutement franchise :

“Une équipe, ça se travaille et ça se fidélise. Nous avons donc besoin de profils qui ont cette fibre managériale pour écouter, fidéliser et accompagner les collaborateurs convenablement. Car il faut avoir conscience que nous sommes sur des métiers qui sont difficiles.

Outre la question du salaire, la clé du recrutement pour tous nos interlocuteurs reste de proposer un avenir professionnel ainsi qu’un environnement de travail agréable pour les collaborateurs. Pour Véronique Discours-Buhot, déléguée générale de la Fédération Française de la Franchise, c’est aussi là toute la vertu de la franchise. “Le recrutement est un sujet pour toutes les sociétés, quel que soit le secteur. Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation où les chefs d’entreprise courent après les candidats. C’est une nouvelle donne qui va demander des efforts de séduction côté employeur, notamment via des salaires plus attractifs mais pas seulement. Grâce à la franchise, les entreprises peuvent permettre à des collaborateurs salariés de devenir leur propre patron. On voit de plus en plus de réseaux travailler sur cet axe nouveau de séduction”, affirme-t-elle.

Des leviers pour fidéliser

Toutefois, il peut être un peu plus difficile de séduire les nouveaux talents quand vous vous développez via des partenaires indépendants franchisés. Comme le soulève Jean-François Feuillette : “Ce n’est pas le franchiseur qui fait les recrutements, donc ce n’est pas toujours simple. Mais nous essayons d’accompagner nos franchisés pour créer le meilleur environnement possible, assure le fondateur des boulangeries Feuillette. On remarque que pour les jeunes générations il est essentiel d’avoir une bonne ambiance de travail, c’est même devenu presque plus important que le salaire en lui-même. On est sur des métiers difficiles, pour lesquels les collaborateurs doivent se lever tôt, donc nous essayons aussi de proposer toujours deux jours de repos consécutifs. Cela nous aide un peu sur le recrutement.”

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D’autres enseignes multiplient les leviers de fidélisation des collaborateurs. Parmi elle, LDLC.com a fait le choix de la semaine de 4 jours pour l’ensemble de ses salariés. Un choix fort qui peut donner l’envie à d’autres acteurs de suivre le mouvement. “Ce sont des choses à ne pas négliger, c’est certain”, insiste Sophie Gucciardi, directrice des ressources humaines et du développement franchise au sein du réseau Irrijardin. Si pour le moment, l’enseigne n’est pas encore prête à passer le cap, elle assure mettre en place un certain nombre d’actions pour fidéliser les équipes et accompagne l’ensemble de son réseau en ce sens.

“Le recrutement, c’est tout sauf une science exacte. Nous essayons donc de donner toutes les clés à nos franchisés pour manager différemment. Dans le commerce, on est clairement sur des salaires peu élevés. Il faut trouver des leviers pour fidéliser les équipes”, insiste Sophie Gucciardi.

L’enseigne explique notamment qu’il est vraiment essentiel de payer ses collaborateurs à date fixe, de proposer une bonne mutuelle, des tickets restaurants ou encore un forfait mobilité. Autant de choses qu’Irrijardin a mis en place auprès des collaborateurs du siège et dans ses succursales. “Nous conseillons à nos partenaires franchisés de faire de même. Cela permet davantage de capter les nouvelles générations qui, à l’inverse des anciennes, ne feront aucun compromis”, conclut-elle.

 

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