Les acteurs du sport réclament une réouverture début janvier
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Lors d’une conférence de presse, l’Union Sport & Cycle a présenté l’impact concret des six mois de fermeture administrative sur les acteurs du secteur. Au total, 500 établissements auraient d’ores et déjà mis la clé sous la porte depuis septembre et la moitié des entreprises sont menacées à long terme. Une réouverture début janvier et davantage d’aides pour ce secteur sont réclamées. Décryptage.

Outre les restaurateurs, le secteur du sport est l’un des domaines en grande souffrance économique du fait de la crise de la Covid-19. Selon l’Union Sport & Cycle, 500 établissements auraient mis la clé sous la porte depuis septembre. 50 % des entreprises évoluant sur ce marché seraient par ailleurs menacées de fermeture dans les six prochains mois. Des prévisions catastrophiques pour un secteur qui compte 6 500 établissements, réalise en temps normal 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, emploie 70 000 salariés et regroupe 17 millions de pratiquants. “Malheureusement, à long terme, il peut y avoir une véritable casse sociale, déplore Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle. Au total, le secteur aura subi près de 7 mois de fermeture si nous rouvrons fin janvier ce qui représente 1,3 milliard d’euros de pertes.” Selon l’Union Sport et Cycle, 74 % des entreprises n’ont par ailleurs pas réussi, à ce jour, à obtenir des réductions de loyers.

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Aides insuffisantes

Si l’ensemble des acteurs saluent les aides mises en place par le gouvernement, nombreuses sont ceux à avancer qu’elles demeurent insuffisantes au regard de la spécificité du secteur et de l’importance des charges courantes. “Aux yeux du grand public, les aides pourraient sembler suffisantes. Or, si le gouvernement est prêt à nous soutenir, il est clair que notre secteur a ses spécificités qu’il faut absolument prendre en compte”, avance Virgile Caillet. “Nous avons des charges fixes mensuelles qui s’élèvent à 50 000 euros par mois, sans tenir compte des salariés qui sont au chômage partiel, abonde Philippe Herbette, président de Fitness Park Group. Nous avons des salles qui font au minimum 1 500 mètres carrés. Une fois les 10 000 euros du fonds de garanti déduits, 40 000 euros restent à notre charge.” Malgré l’évolution faite par le gouvernement concernant ce fonds de garanti, laissant ainsi le choix au chef d’entreprise de bénéficier de 10 000 euros ou de 20 % de son chiffre d’affaires selon la meilleure option, les acteurs du secteur estiment que ce n’est pas suffisant.

“Cette aide est plafonnée à 200 000 euros. Or cela ne représente que 5 % de notre chiffre d’affaires de décembre”, assure Grégoire de Belmont, co-fondateur des salles d’escalade Arkose.

Surtout, ce dernier déplore que les aides n’aient pas été réfléchies par établissement mais par entreprise. “Nous avons la particularité d’avoir 17 établissements en France regroupés sous une même société. Nous avons 240 salariés, dont 45 au siège. Vis-à-vis de l’État, nous ne sommes qu’une seule et même entreprise. Résultat : nous n’avons eu le droit, mis part le chômage partiel, à aucune aide lors du premier confinement. Sur ce second confinement, le montant plafonné à 200 000 euros du fonds de garantie vont certes nous aider mais ne représente que très peu au regard des 650 000 euros de charges mensuelles que nous avons au niveau du groupe”, insiste Grégoire de Belmont. Un constat similaire a été effectué par Emmanuel Legret, associé au sein du groupe Convisports, spécialisé dans les établissements multisports en salles (badminton, football, padel, etc.). “Nous avons des emplacements qui font entre 1 500 et 5 000 mètres carrés. Si je prends l’exemple de mon unité à Noisy-le-Grand (93), j’ai 56 000 euros à verser pour la taxe foncière et la cotisation foncière des entreprises. J’ai reçu 1 500 euros par mois du fonds de garantie de mars à avril et un peu plus de 10 000 euros en novembre. Au total, j’ai dû avoir 18 000 euros que je vais devoir redonner à l’État pour payer ces cotisations. Donc, certes, nous ne pouvons pas nier l’aide de l’État mais elle n’est pas viable pour nous. Du côté de mes franchisés, la plupart sont en liquidation judiciaire et certains sont même en redressement. La situation est très compliquée”, affirme-t-il.

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Propositions concrètes

Ainsi, dans le but de soutenir davantage les chefs d’entreprise, l’USC préconise plusieurs choses dont le passage du fonds de solidarité pour le secteur du sport. “Compte tenu de la durée de fermeture, nous considérons qu’il serait légitime que ce fonds soit le même que pour les discothèques”, insiste Virgile Caillet. Aussi, l’USC souhaite que le gouvernement acte le déplafonnement de la compensation des pertes d’exploitation “pour un soutien plus équitable auprès de l’ensemble des acteurs”. La rétroactivité des mesures annoncées par le gouvernement pour les mois d’octobre et novembre et la prise en charge des congés payés, comme cela fut annoncé pour le secteur de la restauration, sont également des points importants à mettre en place selon les acteurs du sport. Enfin, tous les intervenants à cette conférence de presse sont unanimes : il faut une réouverture rapide pour limiter la casse. Philippe Herbette estime que sur 2020, les quasi 7 mois de fermeture ont entraîné une perte d’exploitation de 60 % du chiffre d’affaires, soit 50 millions d’euros en moins. Au sein du groupe Convisports également, les pertes sont colossales. En 2019, l’enseigne a réalisé 660 000 euros de chiffre d’affaires.

“En 2020, nous affichons 264 000 euros de chiffres d’affaires, soit une perte de plus de 400 000 euros”, annonce Emmanuel Legret.

L’enseigne Arkose a également fait le calcul. En 2019, sur les mois de fermeture administrative, le chiffre d’affaires réalisé s’élevait à 11 millions d’euros. “Cela sans prendre en compte la croissance. En 2020, nous estimons à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins, dont 4 millions euros de pertes sèches”, affirme Grégoire de Belmont. Ainsi, le secteur réclame une réouverture dès le début du mois de janvier. “Nous demandons de rouvrir, a minima, le 4 janvier afin de sauver au mieux nos entreprises. Car il ne faut pas oublier que le mois de janvier, avec le mois de septembre, est l’une des périodes les plus importantes pour nous”, estime Philippe Herbette. Selon l’Union Sport & Cycle, le mois de janvier représente en effet 30 % des abonnées annuels. Surtout, la reprise risque de prendre du temps. Fitness Park estime qu’une fois réouverts, les 250 établissements, devraient mettre 18 mois pour reconstituer leur clientèle d’avant la crise. “C’est pour cela que nous sommes convaincus qu’il faut que la reprise soit accompagnée d’une promotion et d’une incitation à la pratique sportive. Emmanuel Macron s’est engagé en ce sens, mais c’est essentiel qu’un message politique très clair soit véhiculé pour inciter à se rendre dans nos établissements pour faire du sport”, souhaite Virgile Caillet. “Nous sommes prêts à rouvrir. Si l’on pouvait reprendre notre activité demain, nous sommes convaincus que cela n’aurait pas d’effet sur les contaminations”, ajoute de son côté Philippe Herbette. “La fermeture des salles de sport le 24 septembre a prouvé que cela n’a pas freiné les contaminations liées à la Covid-19, au contraire”, conclut Grégoire de Belmont.

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