Aides financières : têtes de réseaux, les grandes oubliées ?
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Dans un contexte de crise sanitaire et économique, les réseaux ont montré leur solidarité vis-à-vis de leurs franchisés en annulant bien souvent des redevances et en renforçant leur accompagnement. Toutefois, ces derniers déplorent qu’aucune aide financière n’ait été prévue pour compenser cette perte de chiffre d’affaires. Témoignages.

Depuis le mois de mars et le premier confinement, les enseignes se sont fortement impliquées dans l’accompagnement et le soutien financier de leurs partenaires et franchisés. Ainsi, nombreuses sont celles à avoir annulé les redevances et autres charges mensuelles afin d’alléger l’impact de la crise et notamment des fermetures administratives sur la trésorerie des membres du réseau. Malheureusement, plusieurs enseignes déplorent qu’aucune aides spécifiques destinées aux franchiseurs et têtes de réseaux n’aient été déployées par le gouvernement. “Il y a toute une typologie d’acteurs que sont les franchiseurs et qui pèsent lourd au sein de l’économie qui ont été totalement oubliés et négligés, affirme Arnaud Guérin, co-président de Cash Express. Il ne faut pas oublier que nous, têtes de réseaux, nous générons 20 000 emplois directs, sans compter ceux générés par les franchisés.” Une situation confirmée par la Fédération française de la franchise, qui assure porter cette demande auprès de l’exécutif.

“Le manque d’activité côté franchiseur n’est en effet pas du tout considéré. Il ne faut pas oublier que les têtes de réseaux vivent grâce aux redevances versées par les franchisés. Certaines ont été abandonnées, que cela soit pour les commerces fermés mais aussi pour ceux restés ouverts mais qui ont accusé une baisse de leurs chiffres d’affaires”, explique Véronique Discours-Buhot, déléguée générale de la FFF.

Redevances abandonnées

Dans la multitude d’aides qui ont été déployées par le gouvernement depuis le printemps dernier, les franchiseurs déplorent qu’aucune n’ait été réfléchie pour compenser la perte de chiffre d’affaires, notamment celle liées à l’annulation des redevances. “Nous avons abandonné deux mois de redevances depuis le début de la crise. Ce qui représente 1 000 euros pour chaque magasin au format de proximité (moins de 150 mètres carrés ou zone de chalandise de moins de 50 000 habitants) et 1 300 euros pour chacune des autres boutiques. Nous l’avons fait car nous étions relativement solides. Mais cela représente 280 000 euros sur les deux mois concernés. Pour les autres périodes, nous avons lissé les montants. Ce manque de revenus peut entraîner des arbitrages côtés investissements pour développer le réseau si nous ne sommes pas soutenus”, insiste Arnaud Guérin. “Toutes ces redevances abandonnées c’est simplement du chiffre d’affaires en moins pour ces réseaux. Il y a une prise de conscience nécessaire à avoir sur l’importance de soutenir les têtes de réseaux”, scande Véronique Discours-Buhot.

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Emmanuel Zeller, directeur franchise de Buffalo Grill ne dit d’ailleurs pas autre chose : “L’ensemble des dispositifs ont été réfléchis pour les artisans indépendants. C’est très bien, car il était fondamental que nos franchisés soient aidés. En revanche, des grosses chaînes comme la nôtre, qui sont majoritairement succursalistes échappent à toutes ces mesures. Nous avons 250 restaurants Buffalo Grill en propre qui sont consolidés dans une seule et même entreprise. Même chose pour nos 145 unités Courtepaille détenues en succursale. Résultat : nous échappons à toutes les aides. Il y a une vraie incompréhension du gouvernement sur ce point-là.” Une situation similaire rencontrée par l’enseigne Arkose, qui détient 17 salles d’escalade en succursale sur le territoire. “Tous nos établissements sont regroupés sous une même société. Nous avons 240 salariés, dont 45 au siège. Vis-à-vis de l’État, nous ne sommes qu’une seule et même entreprise. Résultat : nous n’avons eu le droit, mis part le chômage partiel, à aucune aide lors du premier confinement. Sur ce second confinement, le montant plafonné à 200 000 euros du fonds de garantie vont certes nous aider mais ne représente que très peu au regard des 650 000 euros de charges mensuelles que nous avons au niveau du groupe”, insiste Grégoire de Belmont, co-fondateur de l’enseigne.

Crédit d’impôt

Dans une tel contexte, l’ensemble des acteurs que nous interrogeons depuis quelques semaines sont unanimes : une solution doit être trouvée, au risque de voir certaines enseignes flancher.

“On a toujours l’impression que les têtes de réseaux sont solides. Or c’est beaucoup plus complexe que cela. On l’a déjà dit mais sans redevances, les franchiseurs ne peuvent pas vivre. Et à long terme cela peut entraîner des faillites ce qui ferait arriver à des faillites en cascade chez les franchisés”, rappelle  Véronique Discours-Buhot.

“À long terme, c’est le réseau qui risque d’être affaibli. Et là, c’est un peu l’idée du château de cartes : si la base s’effondre, c’est tout le réseau qui souffrira, abonde Emmanuel Zeller. C’est donc fondamental que le gouvernement ait en tête ce qui fait qu’un réseau est massif et arrive à tenir. Et qu’il faut l’aider pour cela.” Si tous nos interlocuteurs saluent l’ensemble des dispositifs de soutien qui ont été déployés depuis le début de la crise, ils appellent à ce que l’exécutif s’empare du sujet, comme il a pu le faire concernant les bailleurs. “Nous réclamons d’être traités équitablement et que la mécanique proposée aux bailleurs, c’est-à-dire la mise en place d’un crédit d’impôt pour des charges abandonnées, serait un très bon geste”, affirme Arnaud Guérin. Même avis du côté de la FFF : “Les têtes de réseaux qui ont consenti à l’annulation des redevances pourraient bénéficier d’un crédit d’impôt. C’est ce qui est communément demandé par les franchiseurs autour de nous. Ce sont des sujets que nous portons auprès du gouvernement mais sur lesquels nous avons été, pour le moment, peu entendus car l’urgence était de soutenir les petits commerçants. Nous le comprenons. Mais nous sommes en train d’accentuer notre demande de manière plus volontariste”, confie Véronique Discours-Buhot.

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Aider tous les franchiseurs

Et la Fédération française de la franchise insiste sur un point non négligeable : l’aide doit être apportée à l’ensemble des franchiseurs, que leurs boutiques et magasins soient fermés administrativement ou non. “Nous avons des réseaux qui ont pu rester ouverts mais qui sont fortement impactés, qui souffrent énormément du fait du manque de la fréquentation. Cela est le cas notamment pour les chocolatiers, dont les deux confinements sont arrivés à des périodes clés de l’année (Pâques et Noël). Résultats : certaines enseignes ont perdu plus de 50 % de leurs chiffres d’affaires. D’autres secteurs sont concernés comme les loueurs de voitures, les glaciers ou encore les agences immobilières. Pour certains acteurs, rester ouverts leur a clairement coûté plus cher que de fermer totalement. Et des acteurs pourraient être en danger sur le long terme”, alerte Véronique Discours-Buhot. Dans cette optique de soutenir toujours au mieux les différents acteurs économiques, qu’ils soient franchiseurs ou franchisés, la FFF appelle le gouvernement à faire évoluer le plafonds de solidarité pour les magasins qui peuvent ouvrir. “Il est toujours plafonné à 1 500 euros. Or pour certains magasins ouverts, c’est la double peine car ils accusent des baissent de chiffres d’affaires tandis qu’ils ont peu d’aides. Nous voudrions que ces commerces, qui accusent + de 50 % de baisse de leur activité, puissent bénéficier du fonds de solidarité à hauteur de 10 000 euros”, avance la déléguée générale de la FFF. Des mesures qui seront certainement amenées à évoluer ces prochaines semaines. Le discours attendu de Jean Castex, programmé ce jeudi en fin de journée, devrait d’ailleurs donner quelques pistes.

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